Conseils pratiques
Fêtes locales et festivals : ce qu'ils rapportent à un territoire
Retombées économiques, image, fragilité financière : ce que les offices de tourisme peuvent mesurer et valoriser autour des fêtes et festivals locaux.
Dix-sept millions d'euros de retombées pour le territoire : c'est le chiffre qu'une étude de la Région Auvergne-Rhône-Alpes a mesuré pour Jazz à Vienne. Plus modeste mais tout aussi concret, l'impact direct des Fêtes du Roi de l'Oiseau, au Puy-en-Velay, est évalué à 5 millions d'euros. Deux fêtes, deux échelles, mais une même leçon pour les offices de tourisme et les collectivités : une fête bien portée fait vivre un territoire largement au-delà de son budget d'organisation.
Qui vient à une fête, et ce qu'il y dépense
Une enquête menée en 2019 en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, auprès du public de plusieurs festivals, apporte une précision utile : seuls 20% des visiteurs étaient des habitants du territoire. Les 80% restants se répartissaient entre touristes (48%), venus spécialement ou en vacances, et excursionnistes (32%), faisant l'aller-retour dans la journée. Sur ces seuls festivals, plus de 11 millions d'euros ont été dépensés localement, en hébergement, restauration ou achats sur place. Pour un office de tourisme, c'est l'argument central : une fête populaire capte de l'argent qui, sans elle, resterait ailleurs.
Chiffrer l'impact sans se tromper
La méthode de référence, élaborée sous l'égide de la DGE et reprise par Atout France, distingue l'impact primaire — les dépenses des seuls visiteurs venus spécifiquement pour l'événement — de l'impact secondaire, l'effet multiplicateur dans l'économie locale environnante. Elle exclut volontairement les habitants et les visiteurs qui seraient venus de toute façon : lors du festival des Vieilles Charrues en 2011, sur 200 000 festivaliers, seuls 91 424 ont été retenus dans le calcul de l'impact primaire. C'est cette rigueur qui rend un chiffre crédible auprès d'un conseil municipal ou d'un financeur, plutôt qu'une estimation gonflée.
Une vitrine qui ne coûte rien en publicité
Au-delà des euros dépensés sur place, une fête vaut aussi par l'image qu'elle renvoie. Sylvain Pechcomtal, directeur de l'office de tourisme du Grand Auch, résume la chose sans détour dans un entretien universitaire : une fête ou une manifestation vaut, selon lui, toutes les publicités du monde. Accueillir des journalistes le temps d'une édition, mettre en avant les producteurs et le patrimoine local pendant l'événement, relayer l'affluence sur son site et ses réseaux : ce sont des leviers qui ne demandent presque aucun budget, et qui travaillent pour l'attractivité du territoire longtemps après la fin de la fête.
Une économie plus fragile qu'il n'y paraît
Ces retombées ne doivent pas faire oublier la réalité économique des organisateurs. Selon le Centre national de la musique, deux festivals de musiques actuelles sur trois, parmi 107 festivals suivis, ont terminé l'édition 2024 avec un déficit, contre 42% en 2023 — et cela touche aussi des festivals qui affichaient complet, puisque 68% de ceux remplis à plus de 90% étaient déficitaires. Le baromètre du ministère de la Culture, qui a recueilli près de 2 000 réponses, note cependant que plus de huit festivals sur dix comptent reconduire une édition en 2025 malgré ces difficultés. Pour une collectivité, soutenir une fête locale, ce n'est donc pas seulement capter des retombées : c'est aussi sécuriser un événement qui tient souvent sur un fil.
Ce qu'un office de tourisme peut mettre en place concrètement
Quelques pistes, tirées des retours d'expérience d'offices de tourisme et des cadres d'évaluation régionaux, pour transformer une fête en atout mesurable et communicable :
- Mesurer dès la première édition la provenance du public (habitants, excursionnistes, touristes) et la dépense moyenne par jour et par personne.
- Suivre la part des fournisseurs locaux mobilisés par l'organisation, un indicateur simple de l'effet multiplicateur sur le territoire.
- Organiser une journée de découverte pour des journalistes ou des influenceurs locaux, en profitant de l'affluence pour leur faire visiter aussi le reste du territoire.
- Associer restaurateurs, hébergeurs et producteurs à l'événement, pour que les retombées ne se limitent pas à la billetterie.
- Capitaliser sur la fête toute l'année, via le site de l'office et les réseaux sociaux, plutôt que de la traiter comme un rendez-vous isolé.
Aucune fête ne ressemble à une autre, et toutes ne généreront pas des retombées à sept chiffres. Mais chacune, à son échelle, mérite d'être suivie avec les mêmes bons réflexes. Les offices de tourisme et collectivités qui veulent recenser et faire connaître les fêtes de leur territoire peuvent le faire gratuitement sur le Guide Gaulois pour les organisateurs et offices de tourisme.


