Traditions
Fest-noz, féria, vogue, ducasse : le vocabulaire des fêtes populaires
Fest-noz, féria, vogue, ducasse, frairie, fête votive, comice : ce que ces mots racontent sur l'origine et l'esprit des fêtes populaires françaises.
Un Breton dira qu'il va au fest-noz, un Lyonnais qu'il monte à la vogue, un habitant du Nord qu'il fête la ducasse : trois façons de nommer la même chose, la fête du village, mais trois histoires bien différentes. Derrière ce vocabulaire éclaté selon les régions se cache le plus souvent une origine religieuse oubliée, parfois un rite agricole, et au moins une fois une vieille foire espagnole qui a traversé la frontière.
Fest-noz, la fête de nuit qui rassemblait après les moissons
« Fest-noz » signifie littéralement « fête de nuit » en breton. Le mot désigne un bal traditionnel qui se tient la nuit, rythmé par des danses en chaîne ou en cercle, parfois par des danses chorégraphiées ou en couples. À l'origine, ces rassemblements prenaient place après les travaux collectifs des campagnes bretonnes : une fois les moissons ou les battages terminés, les villageois restaient pour danser et chanter ensemble, en kan ha diskan, un chant a cappella où une voix lance et une autre répond. La forme que l'on connaît aujourd'hui est en réalité assez récente : elle ne s'est fixée que dans les années 1950, quand des passionnés comme Loeiz Ropars ont relancé une pratique en net déclin. Le fest-noz a depuis été inscrit, en 2012, sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO.
Féria, une foire espagnole devenue rendez-vous taurin
Le mot vient de l'espagnol feria, qui désignait à l'origine une foire, une manifestation économique le plus souvent agricole. En France, il a glissé vers un autre sens : celui d'un cycle de spectacles taurins — corridas, mais aussi course landaise ou course camarguaise, où il s'agit de retirer un attribut au taureau plutôt que de le tuer — accompagné de ses festivités, dans les villes de tradition taurine de Provence, de Camargue, du Languedoc ou de Midi-Pyrénées. Certaines férias suivent encore le rythme du calendrier agricole : féria de printemps, féria des vendanges à Nîmes, féria du riz à Arles.
Vogue, un mot qui vient peut-être d'un vœu
À Lyon et dans les Alpes, on ne dit pas qu'on va à la fête, mais qu'on monte à la vogue. Le mot est attesté dès 1552 dans cette région, où il désignait déjà la fête annuelle du saint patron d'une localité. Son origine viendrait du latin votum, un vœu : ces fêtes étaient en effet religieuses à l'origine. Lyon a ainsi connu plusieurs vogues de quartier : la vogue des choux, sur le cours du Midi, a disparu, et seule survit aujourd'hui la vogue des marrons, sur le plateau de la Croix-Rousse.
Ducasse et frairie, deux mots nés dans l'ombre de l'église
Dans le Nord-Pas-de-Calais et en Belgique, la fête du village s'appelle la ducasse. Le mot vient du picard, abrégé de « dédicace » : il désignait à l'origine le jour où l'on célébrait la consécration de l'église locale, ce qui explique son lien étroit avec le saint patron du village. Un peu plus au sud, on parlera plutôt de frairie, un mot venu du latin fratria — celui-là même qui a donné « fratrie » —, attesté dès 1165. Son sens premier, « assemblée », a glissé vers « fête, réjouissances » ; sous l'Ancien Régime, il désignait même une subdivision de paroisse. « Faire frairie » a longtemps simplement voulu dire faire la fête.
Fête votive, le même vœu sous un autre nom
Dans le Sud-Ouest — Landes, Chalosse, nord du Béarn, Gascogne —, on retrouve une logique proche de celle de la vogue, mais sous un autre nom : la fête votive. C'est la fête du saint auquel la localité a été vouée, célébrée en son honneur. Le ministère de la Culture, qui a inventorié ces fêtes au titre du patrimoine culturel immatériel, cite parmi les plus courues celle de Vic-Fezensac, en Gascogne, où se rassemblent chaque année les festayres. Il souligne un trait commun à toutes ces fêtes votives : rester centrées sur la communauté locale, tout en sachant accueillir les visiteurs de passage.
Comice, quand la fête récompense aussi le bétail
Le mot comice vient du latin comitium, qui désignait un lieu d'assemblée. Un comice agricole est une association de cultivateurs et d'éleveurs d'un arrondissement ou d'un canton, organisée pour faire progresser les techniques agricoles par des concours et des remises de récompenses. Avant-guerre, ces réunions étaient surtout menées par des notables locaux, qui mêlaient une mission d'éducation des campagnes à leurs propres intérêts de grands propriétaires. Après la Seconde Guerre mondiale, les agriculteurs s'en sont longtemps détournés, avant que les comices ne retrouvent, plus récemment, leur succès populaire : aujourd'hui, concours d'élevage, expositions et fête populaire s'y mêlent sans hiérarchie.
Fest-noz, féria, vogue, ducasse, frairie, fête votive ou comice : sous des noms différents, ces fêtes partagent souvent la même racine, un vœu ou une dédicace religieuse, avant d'être devenues des rendez-vous populaires à part entière. Pour repérer celles qui ont lieu près de chez vous, direction la carte des fêtes ou la liste des prochains rendez-vous.


